L’immobilier de bureau en Europe vacille : taux en hausse et changement des usages
Le marché de l’immobilier de bureau est actuellement sous étroite surveillance en Europe. Les professionnels et les autorités financières redoutent une chute des volumes et des prix, ce qui pourrait mettre en difficulté les grands investisseurs et même fragiliser le système financier dans son ensemble.
En décembre 2022, le Conseil européen du risque systémique a souligné la vulnérabilité de l’immobilier commercial (bureaux, commerces, locaux industriels et entrepôts) à l’inflation, au durcissement des conditions de financement et au ralentissement économique. Depuis, les avertissements se multiplient, d’autant plus qu’aux États-Unis, l’immobilier commercial a joué un rôle déterminant dans la déroute de la banque Signature Bank, qui a dû être fermée en urgence en mars.
En Europe, plusieurs indicateurs sont au orange, voire au rouge. Alexandra Dimitrijevic, directrice de la recherche à l’agence de notation S&P Global, considère que l’immobilier commercial est devenu l’un des maillons faibles de l’économie, fortement exposé aux coûts de financement et aux changements structurels post-pandémie de Covid-19. La situation varie toutefois d’un pays à l’autre. L’Allemagne et la Suède sont particulièrement touchées, SBB, l’un des principaux acteurs du secteur en Suède, ayant été contraint de céder une partie de son portefeuille immobilier pour éviter une crise de liquidité.
En France, la Banque de France a exprimé des inquiétudes concernant la faible liquidité de cette classe d’actifs et la difficulté à évaluer précisément sa valeur en période de retournement de cycle. Plusieurs sociétés civiles de placement immobilier (SCPI), qui permettent aux investisseurs d’acheter des parts d’un portefeuille de biens, ont été contraintes d’abaisser la valeur de leurs parts.
Ce retournement de situation remet en question la stratégie de croissance de certains acteurs du marché. Philippe Rosio, PDG de la foncière Inea, raconte que les acheteurs d’hier se transforment désormais en vendeurs, alors que les SCPI, qui avaient collecté beaucoup d’argent fin 2022, s’attendaient à des décotes importantes et prévoyaient d’acquérir de nouveaux biens.
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